Initiative
PremièreEntre le destin très personnel d'un homme, celui de toute une population et celui, enfin, d'une civilisation, certains aspects peuvent être troublants.
Difficile à situer entre activité et activisme, entre stratégie et manipulation, entre réalité et aspiration, entre finesse d'analyse et vulgarité, l'interprétation des deux premières années de total pouvoir du président français se doit être raisonnable : son action ne porte la marque ni du messie ni de l'antéchrist, et si le discours a été brillant, les prises de décision l'ont parfois contredites, quant au packaging de ces dernières, il a été parfois bien mal marketé ... Quoi qu'on en pense, il y a matière à discuter pendant encore deux années à propos de cette herméneutique présidentielle.
Il est à la croisée des chemins : son destin présidentiel est en jeu avec le renforcement systémique d'une crise qui date depuis 1973. Soit il dépasse les contingences et la lourdeur du contexte, et s'envole pour devenir un De Gaulle, l'homme providentiel d'un état providence pour un peuple provided : il lancera alors, à l'instar d'Obama et de Solis (emblématique secrétaire d'état à l'emploi et fondatrice et théoricienne des Green Job) une relance fondée sur la croissance verte (remplacement des énergies lourdes par des technologies légères et renouvelables, vascularisation du transport par la comodalité, keynésianisme économique intégrant la qualité à la place de la quantité) et fera gagner 30 années de croissance. Il entrera dans l'histoire, le premier (français) depuis De Gaulle.
Soit il ne comprendra cet enjeu que trop tard et/ou la mécanique de l'état français l'en empêchera d'y travailler efficacement, et il restera pour l'histoire l'homme de la ploutocratie financière, cosmopolite, l'homme de l'arrogance marchant sur la misère des peuples ou du peuple (en fonction de l'idéologie qui sera alors en place...) Il sortira, dans ce cas, par la plus petite des portes.
Son destin est intimement lié au nôtre. Il y va des paradigmes, de tout un système portant certains mots clef comme démocratie, isonomie, isogorie, meson, organicisme. C'est une vision aristotélicienne, tellement dégradée actuellement et surtout en France qu'elle peut sembler méconnaissable, qu'il faut tenir face au grand retour du platonicisme, du dualisme évoluant toujours en totalitarisme.
Mais vous l'avez bien compris : même avec cette croissance verte, que tous les observateurs évaluent pouvoir durer trente ans, il faudra en trouver une autre, plus tard. Dans 30 ans : la croissance risquera de se nicher dans les recoins les plus improbables. Nous avons donc trente ans, au mieux, pour trouver un autre mythe pour faire vivre nos sociétés. Les hypothèses, actuellement à l'état de proposition ( Deep ecology, Socialécologie, Islamisation, retour au marxisme par la porte trotskyste, retour au nationalsocialisme par la porte nationalrévolutionnaire) se font de plus en plus pressantes.
Dominique Lambert
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